Jour 4 : Jeudi 16 Juillet : Rencontre avec les étudiants et 2 orthos !

Publié le par les ortogolaises

Ce matin nous avons participé à un entretien très intéressant avec le SOSVol. Il s’est révélé être dans la continuité des formations dispensées par CapSolidarité cette année. Nous avons ainsi pu échanger avec des membres de l’antenne Alsace-Lorraine du SOS Vol France (arrivés dansla nuit)sur nos ressentis, nos expériences et nos éventuelles appréhensions quant à notre projet. Nous avons pu discuter avec le directeur exécutif du SOS Vol, Narcisse, sur l’interculturalité, les us et coutumes locaux, nous avons reçu quelques conseils pratiques.

« Chez vous, le temps contrôle votre vie, mais nous, nous contrôlons le temps. Ici il est midi jusque 12h59 ! » nous confiera Koffa, membre du SOSVol ! Nous aurons d’ailleurs souvent l’occasion de nous en rendre compte… Nous avons rapidement été contaminées par cette heure togolaise…

Ici, quand tu « fréquentes », c’est que tu vas à l’école, si un garçon te prend la main, c’est qu’il te considère comme une amie, si tous les enfants que tu croises crient « Yovo, Yovo », c’est qu’ils sont contents de te voir, si tu leur dis au revoir en pliant la main, ils croiront que tu leur fais signe d’approcher et ils te suivront sans que tu comprennes, si tu vois des ordures sur la route, tu comprendras plus tard que c’est un moyen pour boucher les trous de la route, et bien d’autres encore…

Dans la « soirée » (à partir de 14h ici il faut dire « Bonsoir »), nous avons rencontré Monsieur Luc, chef du service d’orthophonie du CNAO (Centre National d’Appareillage Orthopédique), et orthophoniste. Il donne également des courssur les troubles des apprentissagesà l’ENAM. Il est membre de l’ADS (Association Développement Santé pour tous), associationaveclaquelle nous travaillerons en août. Nous avons échangé avec lui sur le handicap, la prise en charge orthophonique et la formation des étudiants en orthophonie de l’ENAM. Ses patients au CNAO sont majoritairement des enfants atteints d’une IMC (Infirmité MotriceCérébrale), ils sont suivis en externe. Ses horaires sont modulés en fonction de la demande.

Nous avons ensuite été rejoints par Armand et Gilbert, deux étudiants de 2e année en orthophonie. Ils viennent de terminer leur stage de fin d’année, ils sont en attente de leurs résultats. Ils leur reste deux jours de cours le 27 et 28 Juillet sur la méthodologie afin de préparer leur mémoire. La section ortho au Togo existe depuis 2003 : 16 étudiants sont diplômés tous les trois ans, ils font donc partie de la 4è promotion. Ils nous ont fait visiter leurs locaux : nous avons pu voir leur salle de cours et de travaux pratiques. Ils y stockent leur matériel et des ouvrages sur l’orthophonie. Le matériel ainsi que les livres peuvent être empruntés par les étudiants ainsi que par les orthophonistes diplômés. Les ouvrages que nous leur avons achetés en France viendront compléter leur collection. Nous avons pu partager nos expériences de cours et de stages. Le concours d’entrée pour les étudiants togolais comprend des épreuves de français, de S.V.T et de physique-chimie. Pour les étudiants étrangers venant du Cameroun, du Gabon, de Côte d’Ivoire, etc., la sélection se fait sur dossier. Au Togo, il n’existe pas d’assurance maladie gratuite pour tous, la majorité de la population n’est donc pas assurée par manque de moyens, les prises en charge en orthophonie sont alors souvent aux frais des patients. Des séances de groupe peuvent être envisagées pour diminuer le tarif. Comme en France, les tarifs sont en fonction des pathologies. Nous reverrons les étudiants pour l’inauguration de la bibliothèque prévue fin Juillet et pour le don de matériel. Nous passerons aussi du temps ensemble pour réaliser une vidéo de témoignages.

Nous avons aussi eu un entretien avec Monsieur Koré, remplaçant de M. Abalo, directeur de la section ortho de l’ENAM. Il est issu de la première promotion d’ortho de l’ENAM. Il est aussi président de l’ADS, association créée en 2005 suite au constat selon lequel beaucoup d’enfants commençaient des prises en charge paramédicales et ne pouvaient les poursuivre par manque de moyens financiers. L’association était composée de bénévoles qui prenaient en charge les patients. Depuis 2009, grâce à l’appui du gouvernement, des volontaires (payés par l’Etat), font les prises en charge. Les prix sont adaptables en fonction des familles, il est possible de recevoir un coq ou de l’igname… L’équipe est composée d’un ortho, de 3 kinés et d’un sociologue. Leur local est situé en périphérie de Lomé, pour être plus proche des familles. Il nous a parlé des besoins en orthophonie au Togo. Il a mis l’accent sur la nécessité d’accompagner les familles, notamment les mères d’enfants IMC, souvent obligées de cesser leur activité professionnelle pour s’occuper de leur enfant. L’ADS organise alors des formations sur la fabrication de savon, pommades, pour les rendre plus autonomes. L’ADS organise beaucoup de dépistage et de campagnes de sensibilisation pour combattre les croyances liées au handicap. Beaucoup de familles cachent leur enfant handicapé. Des couples se séparent accusant l’autre d’adultère, la naissance d’un enfant handicapé étant la « preuve de la faute commise ». Il s’agit donc de dédramatiser et de changer le regard porté sur les personnes handicapées. Ils axent alors leurs campagnes sur les potentialités des personnes handicapées. Ils utilisent le support vidéo et des moyens interactifs pour faire passer les messages. Il est important d’anticiper et de prévenir les autorités locales : « Si le chef du village est d’accord, tout le monde sera là ! ». Un autre problème est la non-scolarisation des enfants handicapés, beaucoup de familles ignorent qu’il existe des écoles spécialisées. Au Togo, la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) n’existe pas, néanmoins il existe la FETAPH (FEdération Togolaise des Association des Personnes Handicapées) qui joue un peu le même rôle.Une autre volonté de l’association ADS est aussi de créer un centre de prise en charge précoce (comme les CAMSP en France).

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